L’autre face d’Haïti

Le séisme terrifiant qui a frappé Haïti, au début de l’année, après tant d’autres malheurs, ne doit pas faire oublier qu’il y a un autre regard à porter sur ce pays. En raison peut-être de son histoire tourmentée, Haïti a toujours connu une vie culturelle et littéraire étonnante. Ses nombreux écrivains, poètes, romanciers, dramaturges, sont là pour en témoigner, et ses librairies pour faire vivre leurs livres.
Leur appartenance au seul pays francophone indépendant (depuis 1803 !) des Caraïbes, né d’une révolte d’esclaves arrivés d’Afrique, écartelé par une histoire souvent tragique entre les influences française et espagnole, puis nord-américaine, en a fait les témoins et les messagers d’une culture originale . Entre le Vodou, terre d’origine, et l’exil, parfois terre de salut, s’est développée une littérature foisonnante, elle-même partagée, comme dans toutes les anciennes colonies, par une double affirmation : dans les Caraïbes, c’est ce mouvement connu sous le nom de Créolité, affirmation de soi par la langue locale, et c’est aussi la langue héritée des Européens, dont l’usage classique est mâtiné d’inventions langagières qui font une littérature dont les figures les plus connues sont René Depestre, Gary Victor, Frankétienne, Louis-Philippe Dalembert, Lyonel Trouillot, Dany Lafferrière…

Les librairies d’Haïti ont été durement touchées par le tremblement de terre. La Pléiade, principale librairie de Port-au-Prince, a ainsi été totalement détruite. Il faudra du temps et des moyens pour rebâtir ces espaces de liberté qui, malgré la misère et le chaos politique (ou précédemment la dictature), ont porté le vent du monde et de la pensée au cœur d’Haïti.
Pour les aider à se reconstruire, les libraires francophones de Belgique ont repris la parole qu’au lendemain de la catastrophe, Dany Lafferrière adressait à Frankétienne, poète et dramaturge haïtien : « Ne laisse pas tomber. C’est la culture qui nous sauvera. Fais ce que tu sais faire ».
Les libraires ont donc fait ce qu’ils savent faire : proposer une sélection de titres d’auteurs haîtiens, et reverser un quart du montant de leurs ventes à l’Association internationale des Libraires francophones. Celle-ci centralise les aides de tous les libraires francophones qui, à travers le monde, au Sénégal, en Australie, en Egypte, au Liban, en France ou en Belgique, et partout ailleurs, ont décidé de montrer la grande fraternité qui unit les libraires.
La Pléiade a pu depuis relancé ses activités, et a décidé d’investir dans un nouvel espace, plus grand, mi-librairie, mi-espace culturel.

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